Pam
Quand je suis avec Rio ou avec Pam ou les deux ensemble, j'ai l'impression d'être ailleurs, à l'étranger. Je n’ai pas leur expérience, je ne suis pas bien évolué, mais ils m'acceptent comme leur égal. On se ressemble tant ! Pam et Rio me libèrent de tout ce qui m'oppresse : ma ville, mon petit pays, les repas de famille, mon enfance à l'étroit, toutes ces réflexions, toujours le mêmes, ces blessures : « Ah ! Le pauvre ! Il est encore malade ! Ca doit être difficile pour lui et pour vous aussi, Madame ! »... La peur, toujours la peur. La peur des regards qui jugent, la peur des mots sourds. Et ce mur, toujours ce mur entre moi et les autres... Ma tare, ma douleur sans bornes...
Rio et Pam m'aiment d'amitié, simplement. J'ignorais ce si doux sentiment. Pam est plus que séduisante. Elle vient d'au delà des frontières, de Buenos Aires, la métropole si proche et si lointaine qui brille tant à nos yeux. Elle est exotique, du pays de ma mère. Son regard bon et clair, jamais fardé, sa taille, ses jambes, sa façon de marcher, ondulante : je suis magnétisé. Son sourire me pose un vrai cas de conscience... Jusque là, l'amitié l'a emporté. Mais, ce soir, Rio n'est pas là et Pam me dit : « Rio ne rentrera pas.». Veut elle dire ...? On ne se sent plus fatigué, dans ces cas là. On devine au delà.... Il est tard, je dis à Pam le contraire de ce que je pense, que je vais rentrer chez moi... je me mens. Mais, je l'ai dit, c'est trop tard. Alors, je dois partir. Je descends l'escalier et chaque pas emporte mes regrets. Je me traite de lâche jusqu'à faire demi tour. Cœur serré, je remonte l'escalier du désir. J'hésite un peu devant la porte, devant la sonnette... et puis, je tourne la poignée. La chambre est à peine éclairée. J'entre. La cuisine est sombre, la porte de la chambre, à demi ouverte, éclairée. Je pousse doucement la porte. Pam est allongée, recouverte d’un drap dans cette pièce douce et tiède. Je m'approche du lit. Je croise ses beaux yeux verts, nos regards se soudent . Tout est dit, elle m'attendait. Je tourne lentement au dessus d'elle, nos visages se rapprochent et se collent... La chaleur de sa peau, tout est doux, la lumière légère et ses lèvres de velours. Elle m' attire en elle. Tout ce qui était compliqué devient simple et tout avance, comme une évidence. C'est l'amour, ça vient vite, j'éclate, comme une ampoule électrique, elle part aussi, dans un autre pays. Son odeur, ses joues empourprées, on se colle, essoufflés, on se sourit, sans un mot de dit. Je me repose à ses côtés et elle murmure :
« C'était si bon ! ».
J'ignorais que je pouvais rendre une femme heureuse. Que la première me passe cette décoration autour du cou m'étonne. J'ai été bon amant ! Je goûte le silence qui suit, son sourire apaisé et le verre d'eau qu'elle me tend. Le réveil me dit qu'il est beaucoup plus tard que je ne croyais. Je me sens hors du temps. Pam se lève pour prendre une douche. Je me rhabille, je fais glisser le rideau de la douche, je pose ma main sur son épaule mouillée, elle est surprise, le savon tombe dans le bac à douche. Elle se tourne et me demande : « Tu t'en vas ? »